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Mon utérus était à moi…

21 décembre 2013 12 Comments

Jusqu’à hier, j’avais des bras, qui m’appartenaient. Des jambes, que je dirigeais. Et un utérus… qui était à moi.

Jusqu’à hier. Car hier, mes amis, l’Espagne est revenue d’un bon dans les années 70. Cette Espagne qui depuis  2 ans est en train de jeter des familles entières à la rue, en plein hiver. Cette Espagne où le taux de pauvreté dépasse indécemment le 28% de la société. Cette Espagne où dans la classe de tes enfants il y a sûrement 3 gamins qui ne mangent pas à leur faim. Cette Espagne ou la corruption est monnaie courante, qui retire les droits d‘assistance médicale aux étrangers, qui donne à la note de religion (catholique) le même poids que celle de maths (dans l’école publique !!!), cette Espagne qui crée une loi toute neuve pour criminaliser tout appel a la mobilisation via les réseaux sociaux ou qui diffuserait des images affichant des actes policiers, cette Espagne qui refuse d’appeler une rue Mandela car elle s’appelle « 18 juillet », jour du coup d’état franquiste. Cette Espagne qui conserve les rues, des places, des avenues et des monuments au nom de son ancien dictateur fasciste. Cette Espagne dont le chef d’état a été élu par ce même dictateur. Cette Espagne dont le premier ministre est du parti… fondé par les gens de ce même dictateur. Cette Espagne dont on dit qu’elle est une « démocratie autoritaire », dont les gens sont encore divisés comme pendant la guerre civile. Cette Espagne là, vient de décider que mon utérus lui appartient.

Le droit d’avortement n’existe désormais plus dans ce pays. Les interruptions de grossesse devront être approuvées par DEUX médecins qui décideront si le risque physique ou psychique pour la mère est justifié. Si tu as été violée, il te faudra apporter une plainte, pas de plainte, pas d’IVG. Une malformation du fœtus ne sera pas une raison suffisante pour avorter, il faut absolument le risque physique ou psychique de la mère accrédité par deux médecins. Quand aux mineures, elle devront obligatoirement avoir en plus de tout ça l’accord ET la présence des parents. Même en cas de viol. Rien que ça.

Bref, toutes ces femmes qui ont lutté pour leurs droits, qui ont été parfois enfermées, frappées, même violées pour avoir réclamé le droit de décider. Toutes ces femmes qui ont perdu la vie en se soumettant à des avortements clandestins. Tout ça ON S’EN FOUT.

On s’en fout, parce que le contrôle, c’est tout ce qui compte dans une société patriarcale ultra-catholique autoritaire.

Je peux difficilement exprimer la hauteur de mon indignation, décuplée qui plus est par l’ignorance générale de la population, même celle qui semble culte. Ça paie de contrôler aussi l’éducation. On nous vole nos droits, et nos libertés au son de « ah mais la crise » « ah mais les cathos » « ah mais c’est l’Espagne »…

AH MAIS MON CUL

J’ai envie de hurler. Jusqu’où allons nous arriver ? Moi, qui suis une gentille fille, j’ai comme une envie de tout brûler.

aborto

Comme vous ne croyez pas au péché, nous allons le transformer en délit.

Il n’y a pas assez de sangria pour noyer mon chagrin aujourd’hui. Pas assez de Tapas pour ôter ce goût amer. Pas assez de soleil pour me réchauffer un peu. Pas assez de musique pour me donner envie de danser.

Maintenant, combien de jours faudra-t-il attendre pour apprendre le premier décès suite à un avortement clandestin ?

Allez, je file, faut que je prépare le jour de l’an pour accueillir 1974.

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12 Comments »

  • Cambroussienne said:

    Tout pareil. Choquée, indignée, incrédule, j’ai mal à l’Espagne depuis ce matin.

  • Raquel (author) said:

    Merci @Cambroussienne

  • Sarah said:

    Je n’ai pas de mot…

  • Anne de Dakar said:

    J’ai toujours pensé que s’il y avait UN combat pour lequel je m’engagerais en activiste en France, ce serait celui-là : la remise en cause de notre droit à l’IVG. Et c’est là, aujourd’hui, à notre porte. Je pense à toi depuis que j’ai lu l’information. Moi aussi je pourrai en hurler, de colère, de désespoir. De tout cœur avec toi, Raquel.

  • Maria said:

    Indigne et en colère ! Moi aussi j’ai envie de brûler être crier ! C’est juste horrible ! Au lieu d’avancer on recule !! Para atras ! Que asco !!!

  • Femin'elles said:

    Je suis choquée, c’est honteux, vraiment !

  • Cécile - Une quadra said:

    Le pire est que je ne suis même pas surprise de voir cette marche arrière en Espagne. Depuis le retour du PP au pouvoir il y a eu tant et tant de petites « réformes » et tant de plus importantes également qui vont contre la liberté (souvent au nom de la sacro sainte crise qui doit faire passer) qu’il était évident qu’ils feraient ce qu’ils avaient promis, revenir sur les lois concernant l’avortement et le mariage homo. Pour le mariage homo ils ont été bloqué dans leur élan car ils n’ont pas choisi le bon angle pour l’attaquer et paf on leur a rétorqué que non tout est conforme, on ne change rien. Mais pour l’avortement… c’est tellement simple, dans les mentalités il y a encore de tels freins qui trainent, une telle pression morale portée par la religion encore assez présente que « two fingers in the nose » on réforme la loi, on n’abroge pas complètement la possibilité d’avorter pour pouvoir dire « ah mais non on a toujours le droit, c’est juste pour protéger les femmes et ne pas leur laisser les seuls regrets qui suivent une décision hâtive et trop facile à prendre, lorsque c’est vraiment meilleur pour elle elles peuvent avorter, voyez le texte…. »
    Bref !

    J’ai mal à mon second pays. J’avais déjà remarqué quelques trucs concernant l’ancien dictateur, une remonté de la bienpensance (tout comme chez nous) mais là on passe à la vitesse supérieure sous couvert d’inquiétude face à la situation économique délicate. La crise a bon dos.

  • charly said:

    Ça, c’est sacrément bien envoyé, bravo !!

  • Et si tu étais née en Espagne, ma fille… | De petits maux en petits mots said:

    [...] Chez Raquel : Mon utérus était à moi… [...]

  • IVG, je me souviens… | Petite Yaye said:

    [...] corps, mon droit) Avis de mamans, le coin d’Elsa : Lettre ouverte à Najat Vallaud-Belkacem À la rach’ : mon Utérus était à moi… Miss bavarde : je dispose de mon corps comme bon me semble Working mama : mon corps se fout de [...]

  • À la Rach' » Blog Archive A la Rach Mon corps, mon choix, appel à témoins said:

    [...] Vous n’êtes pas sans le savoir, dans mon pays, en Espagnistan, cela fait 3 longues années que nous perdons des droits les uns après les autres à coup de lois injustes et dangereuses. Et une de celles qui me fait le plus frémir est celle que prétend appliquer ce pseudo-gouvernement d’ici quelques mois, et qui aniquilerait totalement le droit des femmes à accéder à l’interruption volontaire de grossesse. [...]

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